panoramique-presentation

Informations générales

Tableaux parisiens

Beaubourg
normal
Dans la jungle de la ville : les Premières S 3 et S 4 à Paris ...

   Si Paris porte un « s », c’est bien qu’elle est plurielle.

   Et il suffit de la parcourir en tous sens pour le comprendre – si on en doutait encore !

   Saturne aux multiples anneaux, la ville lumière fait graviter autour d’elle satellites et scories, laves sombres et poussières incandescentes.

   Jeudi

   Sur le plateau de Paris-Saclay, d’abord, entre Yvelines et Essonne, maquettes, photos aériennes et chiffres vertigineux tissent les contours scintillants d’une comète aux queues multiples : high tech flamboyante, concentré d’excellence universitaire et de multinationales gourmandes, terreau exploratoire d’une agriculture en mutation, d’une recherche aux particules élémentaires …ici s’élabore la ville de demain, connectée, partagée, doucement mobile.

   Un peu plus loin, nous voici en marche, taille micron, dans la jungle de la ville : sous l’arche de la Défense, d’abord, happés par les mille et une tours, puis de Montmartre à Barbès, de la Goutte d’Or au Sentier, des Halles à Beaubourg, notre trajectoire erratique explore des territoires fragmentés, segmentés par les grands boulevards. Sociologie de terrain, géographie appliquée aux mouvements migratoires : la ville se révèle dans des replis insoupçonnés, polyglotte, métisse, plus brumeuse encore sous les fumigènes des manifestants du jour.

   Pause artistique à Beaubourg, à la recherche des expériences créatrices contemporaines, dans les méandres minimalistes, conceptuels, contestataires, provocateurs – tous dynamiteurs des traditions esthétiques et bien pensantes, et l’on ne sait si on marche sur une semence ou sur un débris …

   Le soir, au Nouveau Théâtre de Montreuil, autre dédale, autre labyrinthe : la vie fantôme de B. Traven, mise en scène par F. Sonntag, nous égare et nous ravit – en même temps ! – dans les accords flottants ou les rythmes déchirants de sa musique en live, dans ses espaces scéniques éparpillés, dans le jeu à la fois engagé et distancié de ses comédiens. Vertiges de l’identité fugace, jusqu’à l’ultime irrésolution de l’enquête en cours !

   Il est temps de dormir au Formule 1 de Montreuil : chacun dans son baquet, pas besoin de tour de chauffe … ça ronfle sous les capots !

   Vendredi

   Au réveil, sous la grisaille un peu fraîche, les rames du tram, boulevards des maréchaux, nous font glisser vers la Porte Dorée et son Musée de l’histoire de l’Immigration. L’arrivée précoce est propice à l’observation détaillée des bas-reliefs de la façade du pavillon, éloge épique et suranné à la gloire de la France coloniale : « la langoureuse Asie et la brûlante Afrique » s’y disputent les faveurs de la mère Patrie, faisant ruisseler de leurs toisons d’or douceurs épicées et richesses infinies. A l’intérieur, parcours édifiant et immensément riche dans l’histoire coloniale : versions officielles soigneusement mises en perspectives avec les regards critiques, avalanches de statistiques et de savantes analyses, destins singuliers, images au cœur des migrations, témoignages et souvenirs d’un temps si loin si proche dont l’actualité bruisse encore…

   Et c’est reparti pour un nouveau rallye piétonnier, en quête des traces architecturales témoignant de la dimension mondiale de Paris – et de ses ambitions culturelles et politiques. Aux abords de Bercy, les places fortes se succèdent, citadelles orgueilleuses d’un rayonnement revendiqué : les volutes de la Cinémathèque, le palais Omnisport aux abrupts engazonnements, les façades laborieuses et interminables du Ministère – amer ! – des Finances. D’un bond sur la passerelle ondulante qui enjambe la Seine, nous voici face aux quatre grands livres ouverts de la Bnf, quai de Tolbiac, austère et majestueuse dans sa robe de vitrages : les mots des milliards de livres qui lisent dans les nôtres y reposent dans la quiétude propre aux grands édifices religieux – sagesse silencieuse et prodigieux trésors. Encore quelques encablures et se profilent devant nous les rectilignes immeubles du XIIIème arrondissement, ceux du quartier chinois, fourmilière éveillée et senteurs mandarines. Les papilles frémissent aux fragrances cambodgiennes, vietnamiennes ou thaïlandaises : pour certains, ce sera Mac Chang Dô, mais quel palais éduqué résisterait aux subtiles saveurs asiatiques ?

   Le bus n’est pas loin, la circulation reste fluide, Saturne nous laisse nous arracher doucement à son attraction, à son atmosphère si … particulaire – on sort paisiblement de l’orbite urbaine, vaisseau spécial en route vers la Vendée. La semaine prochaine, c’est sûr, en cours, pas à pas, on refera la ville !

Retour