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Projet Erasmus + / Terminales STI 2D STL / Murcia Les migrations ? Une question politique …

Devant le Luz de mar
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Ce jeudi a été de loin la journée la plus dense du séjour : à Cartagena, grande ville portuaire proche de Murcia, puis dans l’exploitation agricole Cano Nature, la question des migrations n’a cessé d’occuper les esprits.
8 h à l’I.E.S. Miguel de Cervantes ce matin : les derniers élèves, à peine sortis du lit, se hâtent de rejoindre le groupe. Le bus nous attend et il est temps de partir direction sud-est, vers la côte, à travers le « Verger de l’Europe », cette immense zone d’agriculture intensive qui fait la « renommée » de Murcia. A Cartagena, nous voici dans la zone portuaire et plus particulièrement dans le secteur du secours en mer : comment ce service de l’Etat espagnol fonctionne-t-il ? Quelles sont ses missions ? Comment est-il amené à gérer l’afflux de migrants sur la côte espagnole ? Pour répondre à ces questions, les élèves du partenariat sont amenés à faire trois rencontres passionnantes : avec un homme d’équipage d’un des deux navires de secours, d’abord, qui raconte son expérience personnelle avec beaucoup de simplicité et de détails. Il évoque les missions qu’il effectue, les afflux de migrants venus d’Algérie, les morts qu’il faut repêcher, les zones d’ombre de l’immigration, entre mafias et miséreux en quête d’une vie meilleure. La tradition espagnole sépare très clairement le sauvetage en mer, sans restriction d’aucune sorte (tout être humain en danger sur la mer doit être secouru) et les questions policières ou judiciaires : une fois secourus et soignés, les rescapés sont remis aux mains des autorités qui décideront de leur sort. Dans le poste de commande du port de Cartagena a lieu la deuxième rencontre : les hommes de veille du secours en mer scrutent le trafic dans l’espace maritime qui relève de leurs compétences. En temps réel, les écrans tracent les parcours des navires dans la zone concernée, repèrent éventuellement les embarcations en difficulté et restent à l’écoute des appels au secours. C’est ici que se déclenchent les opérations de sauvetage : navires en perdition ou en feu, bateaux de fortune surchargés de migrants, en détresse profonde. Tout en poursuivant leurs tâches, les deux employés du service expliquent leur travail et répondent aux questions. Celle des politiques migratoires de l’Europe ou des pays n’appelle qu’une réponse, maintes fois répétée, comme un refus d’exprimer son ressenti personnel : « C’est une question politique … » La troisième expérience est la plus forte et la plus impressionnante : nous voilà bientôt à bord du navire de sauvetage Luz de mar, grande embarcation de 56 mètres de long, un navire tout rouge comme le veut sa fonction de pompier des mers. Capable de remorquer les bateaux en perdition sans limite de taille, grâce à ses moteurs surpuissants et à ses deux câbles de plus d’un kilomètre de long ; d’intervenir sur des incendies de navires aux conséquences imprévisibles ; de porter secours aux naufragés en détresse en leur fournissant eau, vivres ou carburant – ou bien en faisant monter à bord les passagers meurtris, traumatisés ou frigorifiés ; d’intervenir sur des zones polluées et de procéder au pompage des hydrocarbures … ce véritable couteau suisse de la marine nationale espagnole est une remarquable machine à secourir en mer. Mais son supplément d’âme, c’est l’humanité, le professionnalisme tranquille et modeste, la disponibilité exemplaire de son équipage : 14 personnes prêtes à déployer toute leur énergie, leur savoir-faire, dans les pires conditions – et qui nous racontent leur quotidien avec une émotion contenue et un sens aigu de leurs responsabilités. Quand ils partent en mission, c’est un mois en mer – avant un mois de pause (deux équipages se relaient donc) : lors d’une campagne dans le détroit de Gibraltar, en 2018, ce furent plus de 1000 migrants secourus chaque mois …Là encore, pas de commentaire quant à la politique migratoire, mais les officiers et les simples marins témoignent d’un engagement humain admirable dans cette drôle d’aventure du sauvetage en mer. Impressionnés par cette visite du remorqueur – et l’estomac parfois brassé par la légère houle qui balance le navire pourtant à quai – les élèves du partenariat n’ont pas trop de deux heures pour retrouver leur équilibre dans les rues et les petits restaurants de Cartagena. Sous un ciel de plus en plus menaçant, sous les bourrasques d’un vent d’ouest bien capricieux, voici la dernière étape du parcours de la journée : une exploitation agricole intensive du « Verger de l’Europe », du nom de Cano Nature nous ouvre les portes de ses entrepôts pour y découvrir le fonctionnement d’une entreprise aux ambitions européennes et bientôt mondiales dans le domaine de l’approvisionnement en fruits et légumes. Le modèle est bien huilé et efficace : irrigation maîtrisée des zones de culture, main-d’œuvre étrangère (sud-américains capables d’effectuer les tâches extérieures dans le four estival de la plaine de Murcia ; maghrébins employés au conditionnement des productions), rentabilisation maximale des périodes de semence, production et expédition, puissance de la communication environnementale (bientôt zéro pesticide nous dit-on), nutritionnelle et gustative (le melon le plus parfumé au monde, c’est ici, sans contestation possible !), calibrage des produits et travail impeccable sur leur apparence (le zéro défaut, c’est maintenant), démarchage continu des grandes chaînes de supermarché français, anglais ou allemands, logistique décisive (la noria des camions sur les autoroutes : livraison en moins de deux jours garantie), etc. La success story est indéniable, la communication proposée bien rôdée et sans failles. Pour la transparence et la qualité des produits, peut-être faudra-t-il y aller voir de plus près …et comme le veut la formule du jour, c’est une question politique, non ? A défaut d’être convaincante, l’expérience a au moins le mérite d’être source d’une indispensable réflexion sur le fonctionnement de nos sociétés modernes et d’ouvrir une porte dans l’univers « underground » (ou hors-sol ?) de l’agriculture intensive dans le sud de l’Espagne. A la nuit tombée, retour à Murcia. Demain, c’est déjà le dernier jour. Comme le temps passe ! Les travaux de synthèse prévus pour ce vendredi promettent des débats riches en réflexion … et en émotions.
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